Et si le militantisme écologiste… fonctionnait ?

Sur les réseaux sociaux, je vois régulièrement passer des discussions de mauvaise qualité sur le militantisme écologique. Il serait inefficace, voire contre-productif, pour convaincre les citoyennes et les citoyens de soutenir des politiques publiques favorables à l'environnement.

Or, la question de l'efficacité du militantisme est une question empirique. Comprenez : les sciences humaines et sociales sont tout à fait capables de mesurer les effets du militantisme. Ces discussions sont de mauvaise qualité car elles ne s'appuient quasiment jamais sur cette littérature scientifique. On se contente d'avis personnels, pas toujours très subtils, et d'anecdotes. Des niveaux de preuve bien faibles.

António Valentim, post-doc en sciences politiques à l'Université de Yale, a récemment montré dans un working paper (partagé par John B. Holbein) que des manifestations pro-environnement ont fait augmenter le score des Verts en Allemagne. L'effet est géographiquement concentré dans les zones où les manifestations ont lieu. Et plus la manifestation est répétée, plus l'effet positif sur le score des Verts est grand.

Part des voix reçues par les Verts dans les municipalités où des manifestations ont eu lieu (en bleu) et les municipalités où les manifestations n'ont pas eu lieu (en rouge). Après les manifestations (ligne verticale pointillée), l'écart augmente : le score des Verts augmente davantage dans les municipalités où des manifestations ont eu lieu.

Je ne partage pas ce working paper pour argumenter que le militantisme écologiste fonctionne. Aussi bon soit-il, un article seul ne suffit pas à établir une telle conclusion.

Je partage ce working paper parce qu'il est intéressant. Et, surtout, parce que c'est typiquement le genre de sources qui manquent cruellement dans les discussions sur l'efficacité du militantisme écologiste. Cette littérature scientifique existe, alors pourquoi ne pas s'y intéresser ?